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Le Tongue-Blocking

Article mis en ligne le 25 avril 2014


L’harmonica est un petit instrument à vent, largement utilisé dans le monde musical, quel que soit le genre, l’époque – il est en vente depuis 1820 – ou le pays. L’air soufflé ou aspiré à travers les anches crée les différentes tonalités. Le Tongue-Blocking a été au cœur de multiples discussions dans le milieu musical. Qu’est-ce que le Tongue-Blocking ? Un simple effet de jeu ou une embouchure à proprement parler ?

Qu’est-ce qu’une embouchure ?

Avant de parler et d’étudier le Tongue-Blocking, petit rappel sur ce qu’est une embouchure. L’embouchure est tout simplement la manière de tenir l’harmonica en bouche. Lorsqu’on commence l’apprentissage de cet instrument de musique, la plus grande difficulté est de ne jouer qu’une seule note à la fois. En effet, l’harmonica est petit, il est facile de souffler dans plusieurs trous en même temps et donc de jouer quatre ou cinq notes d’un coup.

puckerLe défi à relever est de ne jouer qu’une seule note en soufflant. Le réflexe est donc de resserrer les lèvres pour diminuer l’ouverture de la bouche. C’est ce que l’on appelle l’embouchure cul de poule ou « pucker ». Il faut former un « O » avec la bouche, comme pour siffler, ainsi le souffle est canalisé et le geste, plus précis, permet d’éviter les fuites d’air. Très appréciée des débutants, l’embouchure cul de poule souffre pourtant de certains défauts, principalement un son pointu manquant de profondeur et une fatigue plus rapide de la bouche et du muscle orbiculaire des lèvres. Sans compter que cette pratique peut entraîner un réflexe nauséeux provoqué par une stimulation du fond de la gorge qui serait causé par le jeu en cul de poule.

u-blockUne autre embouchure possible est le U-Block, il s’agit de mettre sa langue en « U » et de créer un tunnel directeur vers le trou désiré. Cependant, cette technique est marginale et peu utilisée, notamment car elle est physiologiquement impossible à réaliser pour une large partie de la population.

Du côté des musiciens, Carlos del Junco, Michel Herblin ou encore Thierry Crommen ont une nette préférence pour l’embouchure cul de poule, à l’exception de quelques octaves obligées.

La pratique du Tongue-Blocking

Contrairement à d’autres, comme Greg Zlap, Dennis Gruenling ou Joe Filisko qui pratiquent l’embouchure du Tongue-Blocking, y compris pour les altérations soufflées des trous 7, 8, 9 et 10.

Cette technique, fondamentale chez les harmonicistes blues, consiste à prendre l’harmonica à pleine bouche et la langue vient bloquer certains trous afin de faire ressortir telle ou telle note. Cette manière de jouer permet parallèlement de produire plusieurs notes à la fois et d’occulter celles que l’on ne veut pas entendre. La langue bouche de façon latérale les trous afin d’en isoler un pour faire résonner une note, du côté gauche pour obtenir un son grave ou du côté droit pour une sonorité plus aiguë.

Pratique complexe, elle nécessite un déplacement précis de la langue sur les trous, sans se décoller ou produire de mauvaises notes, mais elle permet un son plus ample et large à la Little Walter, un jeu rythmique ou en octaves qui sont à la base d’un son véritablement blues.

A la différence de l’embouchure cul de poule qui n’emploie que très peu la langue, le Tongue-Blocking la fait intervenir de manière intensive, notamment pour passer de notes simples aux accords sans suspendre la note de départ.

Steve BakerSelon Steve Baker, qui utilise tour à tour le Tongue-Blocking ou la méthode cul de poule en fonction des lignes mélodiques, le Tongue-Blocking « constitue la fondation de pratiquement tous les styles traditionnels et il est utilisé par un grand nombre d’instrumentistes modernes […] Les possibilités rythmiques offertes par cette technique sont considérables et fondamentales pour des styles de jeu allant du folk alpin au celtique en passant par le blues et le classique… »

Aucune autre embouchure ne permet autant de variations. Elle s’utilise dans un jeu à base d’accords en prenant 4 trous en bouche pour faire sonner les notes extrêmes, simultanément en bloquant les deux trous centraux ou alternativement en glissant la langue sur trois trous de gauche à droite. Cependant, cette embouchure convient peu au jeu rapide ou aux musiciens qui usent d’altérations et/ou d’overblows.

Un test réalisé par Baker dans un laboratoire acoustique de Hohner – société allemande et premier fabricant mondial d’harmonicas – montre une importante différence entre une même note joué en cul de poule puis en Tongue-Blocking. A l’aide d’un oscilloscope, il a pu vérifier que l’harmonique fondamentale est relativement faible en cul de poule mais les harmoniques subséquentes sont élevées. C’est le contraire pour une note jouée en Tongue-Blocking, l’harmonique fondamentale est prépondérante par rapport aux subséquences. A l’écoute, cela se traduit par un son plus rond et plus riche.

Pour Joe Filisko, le Tongue-Blocking est l’embouchure qu’il faut utiliser si l’on veut jouer du blues « pour un harmoniciste de blues, la langue est l’équivalent de la main gauche du guitariste […] C’est elle qui fait la rythmique, forme les octaves en bouchant un, deux ou trois trous. »

Même si le Tongue-Blocking apparaît comme une embouchure et non comme un effet de jeu, certains grands harmonicistes ne l’utilisent que rarement, voire jamais, préférant la vélocité et les nuances de la technique du jeu en pucker. Mais l’harmonica ne se résume pas à un ensemble de règles établies, l’harmonica permet surtout la création d’un son vibrant, jazzy, qui sait s’adapter à tous les genres musicaux, et dont les sonorités sont inégalées.

Crédit Photo : Harmonicahyderabad